Selon les associations de consommateurs, sites et banques ont tardé à mettre en place des systèmes de sécurisation.
En hausse de 50 % en dix ans

C'est que la sécurité des paiements sur Internet, que l'on croyait acquise depuis quelques années, réserve quelques surprises. Selon les chiffres publiés par l'Observatoire des cartes de crédit, la fraude par carte bancaire sur Internet a représenté 120 millions d'euros en 2010.
« En recoupant le montant total de la fraude Internet en 2010 et le montant moyen d'une fraude cette année-là (119 euros pour une carte interbancaire), on se rend compte qu'au total il y a eu plus de 1 million de fraudes sur Internet en 2010, soit deux fraudes par minute en France ! » s'alarme l'association de consommateurs UFC Que Choisir. Selon l'Observatoire des cartes de crédit, le taux de fraudes n'aurait pas, malgré une nette augmentation, littéralement explosé et resterait borné à 0,26 %. Mais il est devenu le « poste de croissance unique de la fraude » en France. « Désormais, la fraude sur Internet représente 62 % du volume de la fraude à la carte bancaire », avertit Serge Maître, président de l'Association française des usagers des banques (Afub).
En clair, l'e-commerce, dont les volumes de transaction ont fortement augmenté ces dernières années - avec un chiffre d'affaires de 37 milliards d'euros -, plomberait les chiffres de la fraude à la carte Bleue, en augmentation de 50 % depuis 2002. Et la prospective avancée donne le vertige : « Pour un commerce électronique représentant 25 % de l'ensemble du commerce, chiffre considéré comme plausible d'ici à 2020 dans la plupart des études, la fraude atteindrait les 850 millions d'euros ! » prévient l'UFC Que choisir.
Complexification de la vente
Quelles sont les modalités de ces fraudes ? « On peut penser que la communication des données sur Internet est en grande partie sécurisée. Mais le problème du vol de données demeure », estime Serge Maître. Le scénario le plus classique est, outre le vol de carte de crédit, la simple copie des données confidentielles écrites sur la carte. Un geste simple à partir du moment où le fraudeur peut se trouver en possession de la carte pendant quelques secondes. Le fraudeur peut ensuite effectuer ses achats sur Internet, muni des données copiées. « Le cas d'école, c'est le serveur d'un restaurant qui part quelques secondes avec votre carte pour aller chercher la machine », explique le président de l'Afub.
Quid des procédures de sécurisation ? Selon les associations de consommateurs, la France resterait à la traîne en Europe. Les systèmes d'authentification forts, du type « 3D secure », disponibles depuis 2008, n'auraient enthousiasmé ni les banques ni les sites de commerce électronique. « Sous l'impulsion de la Banque de France, les petits sites s'y sont mis rapidement. Mais les gros ont pu trouver ce dispositif disproportionné. Car il complexifie également le tunnel de vente », reconnaît-on à la Fédération e-commerce et vente à distance (Fevad), un syndicat de commerçants électroniques.
À titre d'argumentaire, les sites ont annoncé une chute de 13 % des chiffres de vente liés à l'utilisation de ces systèmes. VoyagesSNCF.com reconnaît également s'être réservé une période pour mesurer l'impact de la mise en place de ce système.
Des systèmes agrémentés
Un comble : la sécurisation ferait peur au client… « Les banques ont peu communiqué sur ces nouveaux procédés. Elles ont également du mal à harmoniser les systèmes qu'elles utilisent », lance Serge Maître. Selon la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), plusieurs systèmes devraient prochainement être mis en place. Il incombera au consommateur de vérifier que ceux-ci ont bien reçu un agrément de la commission.
Du côté de la Fevad, si on estime que les réticences ont tendance à s'estomper, on tient à préciser que « c'est le commerçant qui supporte le poids de la fraude ». Une affirmation nuancée par l'UFC Que Choisir, qui rappelle que ces pertes sont immanquablement répercutées dans les tarifs, tant des e-commerçants que des banques.